Cycling

Arizona Partie 1

Partie 1 – Le froid et le démolissage de limites

J’ai jamais été en Arizona, mais sur les photos de cactus il a toujours l’air à y faire chaud!  On est à la mi-janvier. Mes valises sont prêtes pour mon premier bloc d’entrainement sur route quand il me vient à l’esprit de regarder la météo et de demander à ma coach : j’ai besoin d’une veste? Hahaha! OUI, en janvier, c’est pas « chaud ». À la dernière minute je pacte une veste à manche longues et quelques accessoires pour une météo de 10 degré, tsé au cas.

Je vais rester chez Alicia chez qui je loue une chambre. Elle accueille plusieurs cyclistes chaque hiver. La première chose que je remarque est son journal aux visiteurs. Chaque cycliste qui séjourne chez elle laisse une note dans le journal avant de partir: certains racontent leurs aventures, d’autres donnent des conseils aux suivants. Je feuillette et lis quelques messages en souriant. Ce sera à mon tour d’écrire la prochaine page. Elle sera malade c’est promis!!

Si on recule de quelques semaines cet hiver, j’ai lu le livre « How bad do you want it » et un chapitre m’a particulièrement marqué. Celui où l’auteur explique comment notre perception de l’effort (ou ce qu’on pense qu’on est capable de faire) est souvent reliée à nos points de référence, « nos limites ». Quand tu vois tes chiffres arriver à ta limite (celle que tu penses), ça envoi le signal à ton cerveau que tu es à la limite de douleur/charge que tu peux prendre. L’idée était d’oublier/ignorer tous les points de références. J’ai eu envie de tester le concept!

J’ai pris un des entrainements parmi les plus dure que j’ai jamais fait, pis j’ai ajouté un autre bloc. Le lendemain j’ai fait plus. J’ai commencé à faire tomber toutes mes limites, une après les autres à chaque jour, comme si c’était aussi simple que ça. Ça été un gros déclic, comme si je venais de débloquer une nouvelle zone. Ça m’a donné encore plus faim pour la saison à venir.

Arrivée à Tucson.

Premier matin d’entrainement, il fait 5 degré, il mouille, il tombe des cordes je veux dire. Lol. Je comprends rien, c’est ça l’Arizona? Je mets tout ce que j’ai de « plus » chaud et j’y vais. Ça me rendra plus forte! Finalement il mouille toute la semaine. Il mouille jamais en Arizona, sauf là tsé. C’en était quasiment drôle, la Belgique dans le désert!

Il annonce beau à la fin de la semaine, j’irai monter le Mont Lemmon (une montagne connue pour ses paysages et ses 40 km infini de montée). Il fait 15 degré, il annonce 18 au milieu de l’après-midi. C’est parfait! Puis de toute façon il fait chaud quand on monte une côte non? Je sais pas, j’en monte pas assez :p. Je suis toute excitée à l’idée de porter seulement un maillot court, pas de gants! Woooh! Les paysages de cactus sont à couper le souffle!

J’arrive à la hauteur d’un autre cycliste, il est de Vancouver. On monte ensemble un peu, mais il commence à faire froid et il n’est pas plus habillé que moi alors il me dis bonne chance et rebrousse chemin. Puis un autre cycliste me rejoint. « Hey c’est moi où il commence à faire froid? » « Oui bin il devait faire 64 degré après-midi (faraneit, 18 celcius), mais je sais pas combien il fait maintenant, on dirait que ça s’est refroidi. » Il met ses manchettes et ses gants puis il redescend. Moi je fais ma québécoise tough (bah j’ai tu le choix?). Je me retrouve toute seule dans cette immense montagne. Ce sera le dernier cycliste que j’aurai croisé. On est même pas à la mi-chemin. Bin voyons, ils sont où « tous » les cyclistes du Tucson?

Il commence à neiger, et il y a de plus en plus de neige sur l’accotement. Ok c’est pu drôle. J’ai bientôt pu d’eau et je vais mourir de froid. Il fait pas clairement pas 18 degré, il doit faire 8. Mes mains sont tellement gelées que je pédale à une main pour réchauffer l’autre sous mon maillot et je change de main à chaques 30 secondes. Je sais plus il m’en reste combien à faire. Entre 1 et … peut-être 5km au max. 20 minutes surement.

J’ai du mal à tenir mon guidon. Est-ce que je devrais redescendre? Non voyons, depuis quand on monte une montagne à moitié. Si tu veux être pro il faudrait peut-être que tu puisses monter Lemmon au complet! Hellllooooo!!!

30 minutes plus tard, je dois arrêter pour me mettre en boule pour me réchauffer. Je croise 2 gars qui partaient en trekking, ils m’offrent 2 paquets de « toe-warmer ». J’en tiens un dans chaque main et j’essaie de continuer d’avancer.

Elle est où ma limite? C’est quand le moment où on atteint la limite? Est-ce qu’il faudra que je tombe en bas de mon vélo parce que je suis gelée pour comprendre ou quoi? Mais je peux simplement pas rebrousser chemin maintenant. Faudra que j’aie les 2 jambes cassées avant que j’abandonne!

J’arrive finalement en haut! Après café et chocolat chaud je reprends le combat contre le froid dans la descente, avec un paquet de toe-warmer dans mon casque, une boite de kleenex vide sous mon maillot pour bloquer le vent, et une paire de mitaine de neige à 20$ du magasin général. HAHAHA! J’ai appris plus tard qu’il faisait -1 degré au haut de la montagne (et aussi appris qu’il fait toujours FRAITE en haut des montagnes! ROOKIE!).

Ce jour-là j’ai pas trouvé ma limite. Mais c’était une sapristi d’histoire à la hauteur du journal d’Alicia. J’ai pas pris d’autres photos du Mont Lemmon, mais voici le reste du voyage en images!

Old Spanish Trail, une de mes routes préférés
Avec Nathan, de Seattle (qui séjournait chez Alicia en même temps que moi)
À Kitt Peak avec Nathan. Fait FRAITE! Il me trouvait bin « pro » habillé de même! Haha
Saguaro Park
À la mémoire d’Ellen Watters, et pour me rappeler d’apprécier chaque moment sur le vélo, même ceux dans la pluie froide, et de donner le maximum à chaque opportunité.