Cycling

Les Nationaux sur Piste – Saison 2018 Partie 3

Le début de l’histoire

Après une saison un peu décousue (la partie 1 viendra !), j’allais terminer la saison comme je l’ai commencée, sur la piste, de retour vers mon objectif principal : la poursuite individuelle (épreuve chronométrée individuelle de 3km, 12 tours de piste) aux championnats canadiens, le 29 septembre 2018.

À l’automne 2017, on m’a refusée au sein du programme « développement » de l’équipe nationale sur piste. Le lendemain, mon objectif s’est dessiné. Il n’était pas concret mais il était clair : je vais m’engager à 100% pour atteindre mon plein potentiel, je vais aller jusqu’au bout de ce que je suis capable d’accomplir physiquement. Je ne laisserai pas l’accès « plus facile » aux ressources déterminer à ma place, si oui ou non j’ai ce qu’il faut pour atteindre le plus haut niveau. Je n’ai pas besoin du programme de développement pour trouver mon potentiel. Juste besoin d’un vélo. Alors je vais le trouver moi-même mon potentiel! #FULLGAS!

Malgré ma forte détermination, je dois dire qu’il s’est rarement passée une journée sans qu’un doute me traverse l’esprit. Et si je n’étais jamais à la hauteur d’une grande performance même avec tout l’entrainement du monde… Puis je revenais à mon objectif : tout donner, essayer jusqu’à la fin, et trouver la réponse à ma question. C’est tout. « Fullgas » allait devenir mon mantra cette saison, pour me rappeler cet engagement sans condition à 100%.

Le processus

De retour de ma saison sur route à la fin du mois de juillet, je me trouve un petit appartement à Waterloo à 10km du vélodrome de Bromont et le travail commence. Les grosses sessions s’enchaînent, bientôt 2 par jour. Le travail en musculation, les intervalles hypoxiques chez Powerwatts, encore beaucoup de tours de piste. Le tout chapeauté par mon « head coach » Chris et assistant coach Yan (la meilleure équipe au monde vraiment!). Lorsque la piste est mouillée, je sors mon home-trainer et on fait le travail sur le balcon.

En fait, j’adore m’entraîner de cette façon. Pour être honnête, c’est pas vraiment difficile de faire les efforts à tous les jours, j’ose surtout pas imaginer s’il fallait que je reste assise devant un bureau pendant 8 heures ! N’importe quoi sauf ça ! Il y a certains entrainements que je redoute parfois, mais en général le plaisir suffit comme motivation.

Les 2 dernières semaines avant la compétition, je reçois le support de la fédération québécoise (pour moi et les autres athlètes du Québec qui prendront part aux championnats). Tout à coup, plusieurs athlètes sont réunis, on s’entraine fort et on s’encourage. Eric Van Den Eyne, Pascal Choquette et Yannik Morin conduisent la moto sur le vélodrome pour qu’on puisse atteindre des vitesses plus élevées. C’est trop cool, l’environnement de travail est agréable et j’ai beaucoup trop de plaisir à rouler vite!! Je suis là où j’ai envie d’être!

Il me traverse l’esprit que ce sera peut-être la dernière fois. Si je devais ne pas performer à la hauteur, je devrais passer à autre chose. J’ai peur de m’attacher à un résultat, d’être déçue, et avec les mouvements au sein du programme, je n’ose plus créer d’attentes. Il est impossible de comparer les vitesses sur le vélodrome extérieur de Bromont avec celui intérieur de Milton (Ontario), ça devient vraiment difficile de s’engager aussi fort sans aucune référence. La bataille est mentale.

Le matin des championnats canadiens en ronde de qualification, j’enregistre un temps de 3min43,8 (mon nouveau meilleur temps). Il n’y a pas si longtemps, ça aurait été suffisant pour rencontrer le « standard de temps » du programme de l’équipe nationale élite, mais après révision des standards, c’est tout juste en-dessous.

En finale de bronze je répète sensiblement la même performance. Mes 2 poursuites ont été tellement étranges, tellement différentes de tout ce que j’ai répété à Bromont. C’est allé tellement vite ! Moi qui espérait démarrer plus vite que jamais, c’est l’inverse qui s’est produit. C’est comme si j’ai eu peur d’aller « trop vite » et de commettre une erreur irréparable, sans seconde chance. À Bromont ça ne pardonne pas d’aller trop vite, mais à Milton, on peut se permettre un peu plus car il n’y a pas de vent, ce n’est pas aussi difficile de maintenir la vitesse. Il fallait le faire pour s’en rendre compte.

Les sensations étaient tellement différentes. J’étais calme et en contrôle comme j’avais visualisé 50 fois, mais les tours défilaient trop vite pour juger l’intensité de mon effort. J’ai le souvenir que les virages s’enchaînaient tellement vite que j’arrivais seulement me concentrer à rester sur la ligne noire, à respirer et à tourner mes pieds ! Puis tout à coup, j’étais surprise d’apercevoir le compte-tours m’annonçant déjà la fin alors que je n’avais pas eu le temps de tout vider la tank !

La fin de l’histoire

Le coup de canon au passage sur la ligne d’arrivée a résonné si fort. C’est fini. C’est tout ! C’est tout ce que j’avais comme chance pour me prouver. Tous les 9 mois de préparation pour une seule journée, comme ça ! La réalité me frappe aussi fort que l’acide lactique.

Cette aventure m’aura vraiment fait passer par toute la gamme des émotions. Fière d’avoir persisté et d’avoir été chercher ce résultat pour moi, déçue et impuissante face aux obstacles, triste de ne pas pouvoir retourner au vélodrome aujourd’hui. Le regret, d’avoir douté de mes capacités, d’avoir manqué de confiance et d’audace pour risquer de partir trop vite.

J’essaie de voir la chose plus objectivement. J’ai fait une excellente performance ! Réaliste mais vraiment correcte ! Bien au-delà du seuil « développement ». Combien de femmes ont fait une telle performance sur leur petit vélo en aluminium sans avoir roulé la piste au préalable ? Vraiment pas beaucoup. Le temps de piste et le vélo aéro, ce sont des détails techniques. Les jambes, je les ai, je me suis prouvé que je les avais. Je crois que ça répond à ma question. Tout à coup, il n’y a plus aucun doute que je suis capable, physiquement, de performer à un très haut niveau. À un niveau aussi haut que j’oserai croire, car décidément, les jambes suivent la tête.

Est-ce que cette performance sera suffisante pour que quelqu’un voit mon potentiel et me donne une chance avec l’équipe nationale, on verra. Le reste en est dehors de mon contrôle. Pour ce que je contrôle, désormais je ne douterai plus !

#fullgas #believeinyourself